Hier
Le temps était vraiment naze. Mais je n'ai pas le temps d'en râler, je suis trop occupée à contredire ceux qui le font à ma place. Ca ne
donne juste pas envie de descendre de la voiture, une fois garée.
Mais en fait, même sans la pluie, je n'ai pas envie de descendre de voiture, ces temps-ci. J'ai déjà eu cette sensation plusieurs fois, avant. Dans les transports. Rouler, ou être
transportée d'un bout de vie à l'autre, c'est comme une pause, ce qu'on a laissé derrière se débrouillera un moment sans nous, et ce qui nous attends n'a pas encore de prise sur nous. C'est
reposant, on est hors-réalité un moment, sortis par une porte, on passe dans un couloir en coulisse, avant d'entrer à nouveau sur scène. Une nouvelle, la même.
En ce moment, j'ai de plus en plus de mal à franchir ces portes. Je resterai bien en coulisse longtemps. Je laisse la chanson qui passe dans la 'ture se terminer, et même après,
la poignée de la porte me semble un peu trop facile à tourner.
Je n'ai pas beaucoup à me déguiser, je n'en ai pas pris tellement l'habitude. Et j'ai pris l'habitude des gens, de leur regard et des répliques nécessaires quand on passe près d'eux. Il y'a pas
mal de monde, quel que soit le jour, au centre équestre. Mais j'y ai ma place, et c'est un des seuls endroits où c'est le cas, alors ça va.
Puis c'est elle que je viens voir.
Hier, j'avais la chance de venir Que pour elle, pas officiellement en journée de travail, pas pressée. Juste flic de devoir me caler dans une reprise au manège, c'est quand même bien frustrant
depuis que c'est l'été. Na va.
Prêtes, on va slalomer entre les cavaliers de Nadia qui se lancent dans une séance sur la conduite à l'obstacle. Autant dire que même mon cercle au pas au fond du manège est compromis, on manque
d'ailleurs de se prendre Hélène dans la tête, vu sa trajectoire imprévisible et fort zigzagante.
"Elo, si tu peux faire attention, s'il te plaît"
...
Je Fais, attention, mais j'peux pas deviner les écarts lancés des chevaux, pardon bien bas.
Je travaille donc ma jument comme je peux, soupire en voyant une énième altercation entre Dominique, les horaires et Nadia à la fin de la reprise, cherche comment parler à peu près de façon
organisée à Margotite d'un truc qui ne l'est pas, me rends compte que ça l'est encore moins que je le pensais, par contre j'aime bien parler, aux Soleils. Vraiment
bien.
Pendant ce temps Chim a eu sa ration, mais est revenue squatter la conversation au lieu de manger.
"Qu'est ce qu'il y'a, c'est parce que t'as encore tes bandes que tu veux pas manger ?"
Il lui est déjà arrivé de bouder sa ration, il y'a un moment. C'était passé tout seul, juste manque d'appétit. Mais là ça ne va pas.
Son regard un peu trop attentif, ptêtre. Je me pose devant le box, j'aimerai bien qu'elle soit juste un peu fatiguée par la séance et qu'elle se mette à manger d'elle-même. Mais elle reste à
remuer un peu les copeaux, à regarder ce que je fais, moi qui ne fais rien que réfléchir.
La pluie est revenue, pas trop insistante, mais pluvieuse, quoi. Mais quand même :
"On va ptêtre aller brouter, Tchumy ?"
Je laisse la proposition en suspend, jusqu'à ce qu'elle commence à gratter, à hésiter à se coucher puis non, finallement, se redresse dans un sursaut.
"Ah ouais mais non, là on va vraiment aller brouter alors."
Ca se fait pas, ça, de donner quelques symptômes de maladie, hein. C'est pas excessif, mais l'inquiétude s'installe. Les
colliques savent se faire craindre, pour les chevaux et ceux qui en ont la responsabilité. Soudaines, difficiles à cerner et imprévisibles, bénignes ou gravissimes,
mortelles.
Ma jument n'est pas trop agitée, elle ne se regarde pas le flan, mais ne mange pas et veut se coucher.
Licol ajusté, nous voilà parties vers la carrière. Elle ne râle pas moins ni plus que d'habitude, la pluie veut bien rester discrète.
Arrivée dans l'herbe, je regarde la jument attaquer du bout des lèvres quelques brins, puis prendre de l'appétit au fur et à mesure. Bon, c'est déjà ça. Son dos se parsème de petites comètes
foncées, je me mouille un peu aussi mais m'en fiche. On reste là un bon moment.
"Tu me dira quand tu veux rentrer, hein"
Quelques pas vers l'arbre, des râleries à cause des moucherons pas découragés par la pluie (c'est elle, qui râle bien sûr.) puis elle semble retourner vers le portail... Et enchaîne réellement
d'elle-même direction le chemin de retour... C'est bien la première fois que je vois ça.
"XD T'es TROP forte."
On rentre, donc. J'ai récupéré un peu de trèfle, que je mélange aux granulés délaissés, histoire de.
Je me recale à l'entrée, observe, commence à y croire quand elle grapille quelques granulés avec le trèfle, puis voit désabusée la jument se désinterresser de nouveau de la mangeoire une
fois les brins verts tous dénichés et mangés.
"Mais qu'est-ce que t'as ??!"
Finallement, elle se couche. Je vais me caler derrière elle, vers sa tête.
Toujours pas en train de s'agiter, pas à se rouler ni sembler trop inquiète. Alors je fais comme elle, me calme et écoute les commentaires des gens qui passent.
" - TCHAK !
- Attention, tu l'a fait sursauté avec ton parapluie !
- C'est pas ma faute, il s'ouvre que comme ça, TCHAK
- ... >__< C'est rien Chim."
"- Pourquoi elle est couchée ?
- Je ne sais pas, c'est pas normal un cheval couché, si ?
- Si si, ça arrive plus souvent qu'on le pense
- Ah bon, alors elle se repose juste"
J'aimerai bien. Mais c'est quand même pas habituel du tout, qu'elle se repose avant de manger, qu'elle se couche juste après une séance (dont 3/4 d'heure au
pas, quoi).
Que faire quand on s'inquiète mais qu'il n'y a rien à faire ? Chanter. Les deux de Mononoke Hime, celles que je connais en phonétique depuis des années et qui me servent de berceuses.
Elle écoute.
Les paupières de Chumy se ferment un peu, d'ailleurs, quand elle ne doit pas examiner d'un coup un bruit, j'ai sa tête quelques moments.
Au bout d'une petite demi-heure comme ça, un sabot puis deux, elle se relève. Moi aussi, après avoir négocié pour pas avoir un bleu de plus dans la manoeuvre. Puis... elle va manger, on dirait,
commence par faire style, en poursuivant les deux ou trois granulés coincés au-dessus de la mangeoire dans un coin au lieu de s'attaquer à la tonne qu'il y'a dedans.
"Mhh, l'idée est bonne, quand même."
Je reste un peu et enfin elle se met au reste de la ration. Ecoute du ventre, quand même, quelques gargouillis de bonne augure.
La crise semble passée.
" Mais quand même, faut pas faire ça ! >__< "
Y'a déjà cette scène trop active où je mets du temps à entrer, ça sera suffisant sans avoir à me faire faire du soucis comme ça, mécréante.
"Hé, Chim,... Tu restes sur un seuil avec moi, longtemps ?"

"Les seuils sont des endroits sûrs.
Malheureusement, on ne peut pas y passer sa vie."
- Andréa Atkinson -
[La petite fille de Manchester. (à lire)]