Désamorçage

Publié le par Luciiole

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En voyant que j'avais amené Plaisir (le cheval dont il va être question dans cet article) dans le rond de longe, I. me dit :

" - Tu avais des envies de conflits ?

- Non, l'inverse..."

 

Il y'a des phrases que j'entends et que je retiens toute ma vie (pas encore eu de preuve du contraire pour certaines). Par exemple une de ma monitrice d'auto-école à l'époque : "Ne roule pas en seconde..." La phrase n'a rien de spécial, mais c'est parce que vous n'avez pas le ton plaintif avec, celui qui m'a appris que les voitures n'aiment pas rester en secondes longtemps sans raison.

Je la ré-entends régulièrement.

 

Parfois je mastique volontairement les phrases, je les répète (silencieusement) pour justement les ancrer un peu, et les ranger dans un tiroir spécial "à étudier et à approfondir plus tard".

Comme celle-ci, offerte par une formatrice en éthologie : "Ne crie pas, ça ne va pas l'aider." 

Nous sommes deux semaines après, et j'ai fini par approfondir.

 

Plaisir est un hongre bai bien en forme. Il a des notions assez décalées du respect, de l'attention, des attentes des cavaliers; Mon principal projet pour chaque poney ou cheval de club est de le rendre "pratique" (expression usuelle). Monté, Plaisir travaille plutôt bien. A pied, il peut rapidement être incontrôlable par les cavaliers, jeunes ou adultes, voire dangereux.

 

Depuis mon arrivée ici, je l'ai travaillé, me suis adaptée à ses réactions et ai tenté d'adapter un peu les siennes à mes demandes. En liberté, en licol, en longe, monté...Il y'a eu de bons progrès, sur lesquels je me suis reposée. Pas de vrai changement sur les bases, puisque de temps en temps je dois recommencer une séance "C'est moi qui te bouge, pas l'inverse" assez musclée en intimidations des deux côtés.  Cela fonctionne, je le bouge, puis les cavaliers peuvent le bouger, pour un temps seulement.

 

Pendant le stage d'initiation éthologie, Plaisir n'a pas pu prendre part aux même exercices que les autres chevaux présents car il a dès le début joué de ses atouts, cabrés, arrachage de longe, montrage de dents...

C'est à ce moment là que j'ai haussé la voix... que j'ai crié sur lui (je crie seulement son nom mais la violence est dans la forme) espérant le calmer un peu. J'ai l'habitude de faire ça entre autre pendant les cours, la voix étant en général la seule aide à ma disposition pour atteindre un cheval de l'autre côté de la carrière que je vois "préparer une bêtise". [Les chevaux ne peuvent pas préparer de bêtises... la bêtise en question n'est qu'une réaction normale ou compréhensible du cheval et non manifestation d'un vice...]

(Beaucoup de pistes de débats dans mon article, mais je ne rentrerai dans aucun, je centre ça sur aujourd'hui.)

 

So (english word, mignon et pratique), je crie régulièrement. Quand ça n'a pas l'effet désiré sur le destinataire, au moins j'ai l'impression d'avoir tenté quelque chose.  XD  (Oui je vote pour les smileys dans les textes, en tout cas dans les articles blogs)

 

En l'occurrence, j'ai donc été reprise pendant que je criais par Anne-So qui m'a dit la phrase pré-citée : "ne crie pas, ça ne va pas l'aider"

Il est vrai que j'essayais plutôt de NOUS aider plutôt que d'aider le cheval... Et JUSTEMENT ! L'inversion est jolie à envisager, non ? Je l'ai notée dans un coin de tête, avec la phrase. 

 

Aujourd'hui après-midi, je suis donc allée chercher Plaisir dans son box, et l'ai amené dans le rond de longe.

Habituellement, je le lâche rapidement, il est plus facile à travailler en liberté qu'en licol... et ses sabots et ses dents plus faciles à tenir à distance en liberté bien sûr. Mais exit la facilité, je l'ai gardé en main cette fois-ci.

(Aussi parce qu'il était calme ^^ )

 

Comme nous avions finalement travaillé le Join-Up avec lui lors du stage et que j'avais refais la même chose depuis, nous n'avions pas encore testé les exercices de désensibilisation. Il faut dire que cela me semblait moins utile pour lui, qui s'impose à tout et à tous, qu'à un cheval peureux.

J'étais idiote.

 

Pas de soucis pour passer le stick avec la ficelle partout sur lui, ventre, jambes... Il ne bronche pas.

Après avoir récompensé par caresses et pauses, bouger la ficelle (attachée au stick donc, carrot stick improvisé) au sol devant et à côté de lui, ça va aussi. Il se raidit un peu au début mais se relache assez vite.

 

J'ai alors commencé à claquer la mini-chambrière au sol à sa droite, et là il explose gentiment en l'air et démarre avec sa tête de guerrier. Surprise j'étais !

 

J'ai continué à travailler, à réfléchir et à récompenser les retours au calme tout à la  fois (oui je peux faire tout ça à la fois, car  je suis une femme)

 

Il était une fois Ce Cheval.

Massif, et avec un gros caractère, il a du mal à se faire aux multiples règles que les hommes semblent inventer au fur et à mesure. Lorsqu'il comprend mal ce qu'on attend de lui, il se heurte à des ondes agressives, au mieux. A des punitions diverses et variées aussi.

Pourtant il cherche. Mais les erreurs sont nombreuses, et la solution attendue unique. Par malchance, la patience des humains semble s'user bien plus rapidement que le stock d'erreurs à tester pour avancer.

Il apprend à se défendre. De plus en plus fort, car les réprimandes augmentent également en intensité. Jusqu'à ce qu'il commence à être craint. Ce n'est pas là qu'il cherchait à aller, mais il est désormais trop tard pour faire machine arrière, la méfiance règne, les esprits sont fermés, l'ambiance aride.

 

J'ai continué dans ce système, je m'en rends bien compte. Avec les améliorations que j'ai essayé d'apporter, j'ai poursuivi sur ce chemin aride. Sévérité, méfiance (à outrance, une méfiance basique est salvatrice), demandes sans nuances et échelles d'intimidations gravies trop vite et trop souvent.

 

Oui Plaisir entre en conflit volontairement souvent. Parce que c'est ce qu'on lui propose toujours d'abord. Nous entrons en conflit volontairement souvent avec Plaisir, qui ne peut que réagir ou s'enfermer dans sa bulle jusqu'à la prochaine fois.

 

"And Relax" .  Avec la voix d'Andy Booth, so relaxed. Autre phrase que j'entends souvent et que je répète aussi souvent. =P

 

Désensibilisation : Non pas à la peur, mais aux conflits. (Découlant de la peur, à la base, certes... Mais limite passés en automatismes dans le cas présent) Désamorçage de bombe. C'est ce que j'ai essayé de commencer à faire le reste de la séance. En me repentant de ne pas avoir voulu y réfléchir plus tôt. Rapide, le repentir, parce que ce n'est pas lui qui fait avancer ^_^

 

Donc, j'ai relaxé à mort, ma voix, mes épaules, mon regard, tout mon corps, et j'ai continué à claquer doucement le stick à côté du cheval. En arrêtant quand il retrouvait l'immobilité, en caressant souvent, en lui expliquant.

"Non, ce n'est pas pour se battre."

 

(Pour ceux qui se demandent comment on fait faire ensuite la différence entre claquer le stick pour faire bouger et le claquer pour désensibiliser, c'est justement dans l'INTENTION que réside la nuance, tout à fait perceptible par le cheval de différentes façons)

 

Il a entendu, il a accepté rapidement encore une fois de me laisser une chance. A droite, plus de réaction même en faisant siffler. Il mâchouille, encolure horizontale. Magnifique.

 

A sa gauche, il faut recommencer. De nouveau des départs, des menaces rapides. Mais ce n'est pas pour se battre. D'accord.

 

En alternant à droite et à gauche, il faut recommencer. Je suis de nouveau trop tendue. And relax. Encore un bon moment, en reprenant plus doucement, en reprenant un côté à la fois d'abord aussi.

Et nous avons gagné ça. Siffle à gauche, en arrière, à droite, au-dessus de moi, à gauche, à droite, au dessus de nos deux têtes. Placide, le Plaisir. Plus de raison de se défendre, pour cette fois. 

 

Y'a pas, les remises en question personnelles, c'est juste une des clefs du bonheur.

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Publié dans Tilt's

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K
<br /> Finalement, il n'y a pas tant de différences que ça entre les chevaux et les humains.<br />
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